Texte et photographie
26 mars - 5 mai 2026
Karine Baptiste, Bruno Dubreuil et Isabelle Paquet, Salomé Zuili
Beaucoup de pianistes de jazz improvisent en chantonnant en même temps. Le plus célèbre d’entre eux est peut-être Keith Jarrett dont les gémissements nasillards doublent parfois fâcheusement les soli. L’écrivain et chroniqueur Alain Gerber les classait selon trois catégories : il y a ceux qui chantent ce qu’ils jouent au moment où ils le jouent ; ceux qui chantent avec une seconde d’avance les notes qu’ils s’apprêtent à jouer. Ceux, enfin, qui chantent totalement autre chose que ce qu’ils sont en train de jouer. Pas vraiment un contrechant ou un contrepoint, plutôt une divagation parallèle. Ainsi en est-il du rapport entre le texte et la photographie. Le texte peut redoubler le contenu de l’image, la commenter, la révéler ou bien faire dériver la lecture de ce qui est représenté.Les mots opèrent différemment de l’image. Celle-ci dépeint, ceux-là déroulent un fil. À eux la parole, à elle la vue. Mais les rôles s’équilibrent et se répartissent différemment dans le récit photographique, élaborant une forme de littérature visuelle.Si la forme éditoriale est la première à laquelle on pense pour cette forme hybride, la mise en espace pose d’autres questions, toutes aussi passionnantes : circulation du regard, implication du corps, balance entre temps de lecture et déploiement ou concentration de l’image photographique. Avec une attention toute particulière au rôle du graphisme qui va lier le tout, créer la fluidité. C’est dire combien une telle exposition ne travaille qu’à ouvrir des possibles et invite à une création joyeusement débridée. Bruno Dubreuil
Karine Baptiste — Change slowly
Née en 1970 à Paris, Karine a passé la première partie de sa vie professionnelle en entreprise, en France et aux États-Unis, avant d’étudier la photographie à l’International Center of Photography en 2012/13, suivi d’un Master of Fine Arts Image & Text à Ithaca 2019/22. Sa pratique artistique s’articule autour des notions de mémoire, de filiation et d’invisibilité, toutes ces existences et ces espaces situés en périphérie.
Change Slowly est une collection de pensées quotidiennes – fragments, intuitions, rêves – une matière vivante que j’ai ensuite découpée en cinq chapitres : The Ghost in My Belly, The Ashes and the Sand, Metamorphism, Limbo et Failure. Cinq fanzines. Cinq façons de regarder ce qui change en nous, lentement, à notre insu.
Le titre vient d’un double constat : la difficulté à s’extirper du poids des injonctions – parfois réelles, parfois fantasmées – et l’évidence que la transformation obéit à son propre rythme, indépendamment de notre volonté.
Bruno Dubreuil et Isabelle Paquet — Deux pour dire
Avant d’utiliser la photographie, Bruno Dubreuil a commencé par pratiquer la peinture.
Aujourd’hui, son medium principal est la photographie qu’il croise avec l’écriture, la narration et la mise en espace. Son champ d’action est celui de la mémoire et de la vie psychique afin de produire des récits qui travaillent l’image et le langage. Ce travail d’analyse et de création trouve son prolongement dans ses activités de critique d’art, de commissaire d’exposition et d’enseignant.
Autrice, comédienne et metteuse en scène notamment avec la Compagnie Chiloé (Lyon). Son truc ?
Donner la parole aux matières rustiques, objets modestes, espaces non-patrimoniaux et histoires cachées. Cela a probablement à voir avec ses origines croisées ouvrières et paysannes. Elle performe ses pièces sonores ou susurre l’écriture des autres (Poèmaton). Elle enseigne la lecture de poésie contemporaine et le théâtre (Université Lyon 2).
Deux pour dire est un projet qui mêle écriture poétique et photographique. La poétesse (Isabelle Paquet) et le photographe (Bruno Dubreuil) oeuvrent dans le même lieu, au même moment, se croisant, se côtoyant, sans échanger leurs impressions. Puis un texte s’élabore et parallèlement, un choix de photographies. Les deux commencent à se frotter pour produire des étincelles, comme la pyrite et le silex. Il s’agit alors de confier texte et photographies à la graphiste et de trouver ensemble, avec la prodictrice, une forme éditoriale, différente à chaque fois et de préférence pauvre, afin de concrétiser l’instant. L’exposition met en scène les productions en même temps que ce processus de création.
Bruno Dubreuil : https://viensvoir.oai13.com/
Isabelle Paquet : https://www.cie-chiloe.com/
Salomé Zuili — Et surtout, la santé
Photographe autodidacte, Salomé Zuili développe une pratique intuitive et passionnée, nourrie par son parcours hybride entre direction artistique, graphisme et art floral. Depuis un an, elle affine son écriture photographique au Centre Verdier auprès de Bruno Dubreuil, où son premier projet, Et surtout, la santé, s’enrichit du regard éclairé de ce dernier et des échanges stimulants avec ses pair·e·s.
Et surtout, la santé est un projet pluridisciplinaire autobiographique et “presque documentaire”. Il prend naissance en 2015 alors que je n’ai que 20 ans et que je fais l’expérience de la maladie. Les photographies et textes racontent tout ce que j’ai placé sous silence avant, pendant et après les mois de traitement.