Coeur végétal
2 octobre - 18 décembre 2026
Sami Brocq, Gilles Lefèbvre, Shirley Thomas
Saurons-nous encore sauver le végétal, trop inconscients que nous sommes que c’est lui qui nous sauvera ? Car sans respiration végétale, nos corps étouffent, s’étiolent ou se fanent. Or, c’est précisément au coeur de la force végétale que plonge cette exposition.
Depuis ses origines, la photographie a développé avec la botanique des rapports de symbiose. Que l’on pense à Anna Atkins et son ouvrage Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions (1843), premier livre de l’histoire illustré par la photographie, à Imogen Cunningham et ses gros plans de fleurs exquisément veloutés ou encore à Laure-Albin Guillot dont les micrographies traquent l’infiniment petit végétal.
C’est presque en écho à ces trois artistes que pourraient se lire les trois projets présentés dans cette exposition.
Celui de Sami Brocq, Enthéogène, parce que sa teinte bleutée peut apparaître comme une réminiscence des cyanotypes de Anna Atkins. Celui de Shirley Thomas parce que sa série, Mort Vivant, entretient un lien étroit avec le microscopique et l’organique (Laure-Albin Guillot). Enfin, celui de Gilles Lefebvre, Mauvaises herbes dans la ville, dessine un contrepoint à la démarche photographique d’Imogen Cunningham : le naturalisme cru (ou presque) face à la sublimation.
A considérer ces différentes élaborations, plus encore qu’un motif d’exploration ou une stimulation créative, le végétal bat plus que jamais dans le coeur des photographes.
Sami Brocq — Enthéogène
Voyageur, contemplateur de la Nature et fasciné par l’histoire des sociétés et ses manifestations culturelles, Sami BROCQ développe une photographie mystérieuse, recherchant à la fois l’harmonie, le choc et l’hypnose.
Le passeur de rêves
Au fil de mon immersion dans les cultures amazoniennes, derrière l’extraordinaire profusion du vivant s’est révélée la possibilité d’une autre réalité.
Selon de nombreux peuples autochtones, il existe d’autres dimensions de l’existence, accessibles à travers le rêve, les visions ou la transe.
Le chamane, expert de cet univers spirituel, nous permet d’y accéder en nous connectant avec des plantes sacrées. Il nous accompagne dans ce voyage spirituel terrifiant, mais capable de guérir les troubles de l’âme.
Gilles Lefèbvre — Les mauvaises herbes de la ville
Photographe amateur ayant pratiqué le noir et blanc argentique en prise de vue et labo, Gilles Lefebvre a intégré le centre Verdier pour donner plus de sens à son expression photographique. Les ateliers d’expression photographique du Centre Verdier lui ont ouvert des dynamiques techniques, conceptuelles et esthétiques qui lui permettent de présenter ce travail autour du végétal et de l’urbain.
En ville, les plantes prennent racine dans les marigots urbains, les déjections, les eaux sales, grises,… et participent au cycle du carbone en apportant du vert.
Malgré sa minéralisation clinique, la ville parvient toujours et encore à entretenir des « mauvaises herbes ». Elles fleurissent parfois, apparaissant dans des endroits des plus inattendus, composant avec le béton, la pierre,
les tuyauteries, des scènes discrètes que l’oeil attentif pourra apprécier.
L’attention portée à cette végétation spontanée remonte à quelques dizaines d’années et prend place dans les préoccupations liées au vivant et au changement climatique.
La mise en valeur de cette végétation repose sur une recherche de compositions esthétisantes (en utilisant les paramètres que sont le point de vue -distance, hauteur,…-, le cadrage afin de n’inclure que des éléments pertinents, l’éclairage en multipliant des moments – pas d’éclairage artificiel -). Certaines plantes ont ainsi la « chance » de participer à une scène photographique qui fonctionne – elle résonne avec son entourage immédiat -, d’autres
seront ignorées.
La flore spontanée apparaît sous toutes les latitudes et climats.
Les photos présentées ici ont été réalisées à Arequipa – Pérou, El Puerto de Santa María – Espagne, Paris et Le Havre – France, sans que l’on puisse distinguer clairement l’origine de chacune.
Shirley Thomas — Mort vivant
Née et basée à Paris, Shirley Thomas est une artiste mêlant photographie argentique, expérimentations sur pellicule et recherches en laboratoire. Son travail propose une réflexion intime sur les répercussions psychologiques et comportementales des traumas, l’interconnexion au monde du vivant ainsi que le développement et l’épanouissement de soi comme fondements du bien-être collectif.
En suspension entre la vie et l’inertie, « Mort Vivant » est une série de photographies argentiques et expérimentales. En partie façonnée en collaboration avec un organisme vivant : le mycélium, la série peint des paysages intérieurs, ceux de l’artiste lors de sa dépression.
À travers cette rencontre entre processus photographique et processus organique, le projet explore l’interdépendance entre destruction et création. Comment la décomposition peut-elle devenir un espace de transformation ? Comment l’observation de la nature, à la fois sujet et médium, nous apprend-elle davantage sur nos propres dynamiques psychologiques et internes ?
« Mort Vivant » propose des espaces liminaires où le mouvement émerge de l’immobilité, où la mort devient une condition de la vie, et où le temps ouvre un espace pour le deuil et la métamorphose.
https://www.shirley-thomas.com/
https://www.instagram.com/shirley_thms/